un rien vaut mieux que deux tu nieras/ un rien forcé, le rire creuse dans ton visage des rides qui ne lui appartiennent en rien / seul(e) un(e) moins que rien est en mesure de tout voir, et il (elle) s’en passerait fort bien, du reste, mais l’éthylisme le plus forcené n’y changerait goutte : il (elle) devrait encore voir, et voir encore, voir toujours, malgré tout, tout voir / on ne vous dit rien quand vous l’ouvrez, c’est quand vous ne dîtes plus rien qu’on entend vous la fermer / rien ni personne ne feront que quoi que ce soit ni quiconque n’en reviennent au même / notre époque est un rien absolutiste, un tout-à-l’égout recyclable / si ça ne vous fait rien, je vais faire un somme, et j’en reviens tout de suite à notre sieste / les restes d’une civilisation s’entassent, s’entassent, jusque l’engloutir et n’en plus rien laisser / Eh ! Ho ! n’y a-t-il donc rien ici ? / beaucoup préfèrent le néant au rien ; le néant, pour eux, c’est déjà ça, c’est mieux que rien et du reste, à les en croire, il n’y aurait que ça de vrai ; le reste, tout le reste, tous et tout un chacun, toute présence est suspecte, suspectée, niée, déniée, laissée pour compte ou travestie en quelque chose de présentable / ne peut-on donc rien regretter ?/ parfois, la tristesse, ce n’est rien qu’une rhinopharyngite mal soignée / ce n’est pas très difficile, quand vous n’avez rien, de trouver un médecin qui trouve en vous quelque chose à soigner ; tout est dans l’écoute et la patience ; aucun être humain n’est totalement dénué d’humanité, et c’est bien le diable si votre toubib ne finit pas par vous révéler de lui une anomalie suffisamment parlante pour qu’il vous en découvre une similaire, un rien comparable, du moins /  le rien, ça ne vous dit rien ? vraiment ? / au fond, ce n’est rien / à propos de ce qu’on ne peut taire, il conviendrait de ne rien dire / l’imaginaire n’aime pas beaucoup l’imagination, faire que quelque chose soit là où il n’y a rien ; il préfère le plancher des vaches et sa Perrette espagnole aux hallucinations de son châtelain laitier / on sait bien qu’il n’y a rien, ailleurs, mais rien n’y fait, on pense toujours pourvoir y faire quelque chose / ne rien dire, laisser entendre / il n’y a rien de plus triste qu’un rhinocéros sans rien à défendre, cocu de lui-même, à l’abri de barbelés tout rouillés / plus d’un système s’est fait intégralement anéantir par le simple fait qu’il y ait quelque chose plutôt que rien / reste l’art d’accommoder les riens

 

 

 

          

                Stéphane Prat

   écrivain de variété

 

 

manchot-epaulard@laposte.net