Le néant est un rien possessif.

 

Un rien qui se croît.

 

Un moins que rien, en somme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Trouve pas ça réducteur du tout de couper une tête. Non. Absolument pas. Il signe même, et des deux mains, son néant supérieur, son absence active. Effacer dix, vingt, cents vies en une seule le soulage, lui fait dedans, le comble, le crève en paix. S'il pouvait revendiquer la disparition des abeilles sur terre, il le ferait sans se faire prier (et en priant même). En attendant, il doit se contenter de moins résistant, de moins noble : lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

l'absence de perspective est une idée préconçue de l'éternité

 

la maladie qu'on s'en fait une simple préfiguration de la mort

 

on sait bien, pourtant, qu'en réalité l'éternité ne saurait durer

 

les plus vivants en font l'expérience plus souvent qu'ils ne le désirent

 

l'amour est un mot bien doux pour une si rude expérience, si définitive

 

on sait aussi que la mort est une vie impossible pour la conscience

 

nul besoin de passer de l'autre côté pour savoir qu'on n'y emmènera rien

 

voilà pourquoi on ne peut se résoudre à un tel savoir

 

on préfère se dire que personne n'en est jamais revenu

 

nous assurer qu'il n'y était pas plus qu'ici,

 

on préfère tout, on préfère le néant

 

plutôt que rien

 

 

 

          

                Stéphane Prat

   écrivain de variété

 

 

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