notes d’un incapable

 

 (printemps 2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1. LE SANS DOUBLE

 

 

 

Deux réels pour le prix d’un réel sans prix.

 

 

Dans Philosophes à vendre[1], de Lucien de Samosate[2], farce dialoguée où Jupiter et Mercure vendent à la criée les représentants des principales sectes philosophiques, Socrate trouve preneur pour la somme astronomique de 12 000 drachmes, bien au-delà, même, du prix pour lequel les dieux cèdent le vertueux stoïcien Chrysippe ou encore Pythagore, - dont la théorie de la réminiscence, liée à la théorie de la métempsycose, promettant une forme d’éternité, séduit fort les marchands – tandis qu’Épicure part pour une bouchée de pain, et Diogène « le chien céleste » pour moins que rien. Mais si sous la plume de Lucien de Samosate, Socrate remporte haut la main la palme du charlatanisme, c’est essentiellement à la faveur d’une vertu métaphysique d’apparence pour ainsi dire physiologique : Socrate prétend voir double :

 

"Le Marchand : Mais quel est pour toi l’essentiel de la sagesse ?

Socrate : Les idées et les modèles des êtres. Tout ce que tu vois, la terre et ce qu’elle porte, la mer et le ciel, ont des images invisibles qui existent hors de l’univers.

Le marchand : Où existent-elles alors ?

Socrate : Nulle part, car si elles existaient quelque part, elles n’existeraient pas.

Le marchand : Mais je ne vois pas ces modèles dont tu parles.

Socrate : Naturellement : tu es aveugle des yeux de l’âme ; mais moi, je vois les images de tous les êtres, je vois un autre toi invisible, un autre moi-même ; en un mot, je vois tout double.

Le marchand : Ma foi ! il faut que je t’achète ; tu es un sage, tu as une bonne vue. »"3]

 

A première vue, l’acheteur, qui n’est autre que Dion de Syracuse, ami et disciple de Platon, aurait bien tort de manquer cette opportunité d’acquérir un deuxième moi en même temps que deux Socrate pour le prix d’un, si exorbitant soit ce prix. Marché de dupes, nous dirait pourtant Rosset après Lucien, car loin d’être une affaire sous le rapport du réel, Socrate reprend sagement cette propension humaine à voir double ce qu’on perçoit simple (le réel), et à tenir pour réel un doublon pensé ou fantasmé ( vrai moi/moi apparent ; âme/corps ; images, modèles invisibles/êtres concrets).

Comme tout un chacun, confronté au mystère de l’existence, Socrate le place ailleurs, conçoit une réalité du réel qui, si elle existait quelque part n’existerait pas, et un réel qui, existant ici et maintenant, n’existe pas vraiment. Voilà ce que la métaphysique (notamment platonicienne), revisitée par Clément Rosset, - caricaturée, dénoncent certains; détournée ou renversée, estiment d’autres - voilà ce que cette métaphysique nous vend. En réalité, insistera Rosset, l’acquéreur de cette double-vue comme de ce double réel, les paie de son existence-même qui est précisément sans prix, si on entend par là à la fois qu’il n’est rien de plus précieux que le fait d’exister et qu’il n’existe nulle part d’autre Socrate, d’autre Dion de Syracuse, d’autre moi, ni le moindre modèle ou autre original que l’original lui-même (l’exemplaire réel), à même de donner un prix à l’existence.

 

 

 

L’illusion du sens.[4]

 

 

Clément Rosset ne tient pas cette duplication fantasmatique du réel (voir double ce qui est simple et simple ce qui double[5] ) pour une berlue perceptive, une illusion des sens, mais bien pour une illusion du sens. Elle ne fait pas appel aux « yeux de l’âme » par défaillance, mais par défaut. Marque d’une défiance générale vis-à-vis des apparences, des évidences, des faits, l’illusion du double s’appuie au contraire sur une perception commune, habituelle et habituée, mais dont on écarte à l’envi, à l’insu de son plein gré, les conséquences qu'elle implique pour son existence, à mesure que celles-ci insatisfassent, déçoivent ou dévoilent trop crûment sa finitude.

 

"Réduit à ne pas penser ce qu’il pense, à ne pas savoir ce qu’il sait, l’homme, pour continuer à vivre, doit sans cesse se tenir à distance de sa propre connaissance qu’il doit à la fois tenir d’une part pour assurée, d’autre part pour nulle et sans conséquence."[6]

 

 Ainsi se ment-on en proportion de ce que la nécessité fortuite de son existence, sa singularité quelconque, se révèle trop étroite ou lourde, jusque l’évasion, la forclusion plus ou moins douce et ordinaire, passagère ou durable, dans le songe d’une vie autre, rassurante, dorée, voire inquiétante, pour peu qu’il entretienne de quelque manière le vide de l’attente, d’un espoir, ou ébauche une image de destin, comme il désigne une signifiance à toute chose :

 

"Ce dont le double est en définitive la doublure n’est pas telle ou telle figure du réel, mais bien le fait d’exister, soit la réalité de toute figure."[7]

 

Pourtant, si

 

"Il y a bien quelque chose qui existe et qui s’appelle le destin : celui-ci désigne, non pas le caractère inévitable de ce qui arrive, mais son caractère imprévisible."[8]

 

Et immédiat, entier dans l’immédiateté, insaisissable. Tout événement, tout homme et le monde, dans son ensemble comme son détail, sont selon Rosset réalisations premières sans autre possible possible, sans reflet et reflets de rien. Leurs existences nient tout événement, tout homme ou monde dont ils figureraient les doubles manqués, affadis, voire trompeurs, et dont ils tireraient leur sens comme leur valeur.

 

 

 

Jupiter tragique[9].

 

Une sensibilité tragique laisse à Jupiter et au fou la question de savoir si le fait d’exister a un sens ou pas :

 

"Il n’y a pas de mystère dans les choses, mais il y a un mystère des choses. Inutile de les creuser pour leur arracher un secret qui n’existe pas ; c’est à leur surface, à la lisière de leur existence, qu’elles sont incompréhensibles : non d’être telles, mais tout simplement d’être."[10]

 

Une sensibilité tragique se contente du fait que l’existence ne recèle aucun sens (ou les recèle tous). Elle s’en contente dans le double sens où elle sait qu’elle n’a rien d’autre à se mettre sous la dent ni d’autre destin à partager, et dans la mesure où elle tire son contentement, sa joie de vivre, de ce que l’existence ne révèle aucun motif sensé de réjouissance.

Un tel optimisme est sans espoir.

 

 

 

Le retour à soi.

 

Le retour à soi auquel nous convie Clément Rosset ne va donc pas de soi. Car c’est aussi s’oublier, ou du moins oublier son moi, son vrai moi, dont on serait un faux plus ou moins réussi, convaincant et convaincu. Cette identité n’est pas fausse dans le sens où elle ne serait qu’une copie, elle l’est à peu près dans le sens où on l’entend dans le langage courant en signifiant qu’une personne est fausse, qu’elle nous ment ou qu’elle se ment à soi-même. Car le modèle, l’image, si avantageux soient-il, n’ont peut-être qu’un défaut, mais il est de taille : celui de ne pas exister. Et seul existe l’exemplaire unique, singulier, nécessaire, quelconque et, si décevant soit-il, il n’est la copie de rien :

 

"L’original doit se passer de toute image : si je ne me trouve pas en moi-même, je me retrouverai encore bien moins dans mon écho. Il faut donc que le soi suffise, si maigre semble-t-il ou soit-il en effet : car le choix se limite à l’unique, qui est très peu, et à son double, qui n’est rien."[11]

 

Voilà le hic ! Et voilà le nunc… L’ici et le maintenant dont on attendait tant et qui n’offrent qu’eux-mêmes. Voilà le seul présent, « dans son double-sens de don de l’instant (don de ce présent-ci) et d’offrande absolue (don de tout présent, c’est à dire de toute durée[12]) ». Et voilà le réel, tout le réel, et il n’y a rien d’autre à attendre ni d’ailleurs à en dire. Il faut s’y faire et s’y défaire ou continuer de se mentir.

 

  

 

Détournement de fonds.

 

Rosset voit dans cette duplication fantasmatique du réel, une focale commune aux regards métaphysiques, moraux et théologiques. Et il commence par faire de la philosophie idéaliste un usage multiple, comme d’un couteau suisse dont les aciers théologiques, métaphysiques et moraux auraient chacun leur utilité, leurs précision et efficacité propres. Avec Heidegger, il lacère gaiement les draps spectraux du Sens caché chaque fois que le chemin qu’il emprunte pourrait sembler promettre à un lecteur inattentif de le mener quelque part. Quant à Rousseau, il lui sert essentiellement de tire-bouchon, quand de la bouteille déposée par la marée de ses cogitations Rosset doit une nouvelle fois extraire le message suivant, invariable et sans appel :

 

"Il faut dire et penser que ce qui est est, car ce qui existe existe, et ce qui n’existe pas n’existe pas : je t’invite à méditer cela.

 

Tu ne forceras jamais ce qui n’existe pas à exister."

 

                                                 Parménide (Poème, fragment VI et VII)[13]

 

 

 

Mystique crue.

 

En détournant ainsi la formule de Maître Eckhart : « on ne peut (le) voir que par la cécité, (le) connaître que par la non-connaissance, (le) comprendre que par la déraison »[14], Clément Rosset dit du camembert ce que Maître Eckhart dit de dieu. Mais il le dit dans les registres philosophiques les plus classiques, ontologiques, éthiques comme esthétiques, définissant le concept le plus général et large qui soit, le réel, qui n’est que ce qui existe, et rien d’autre, mais qui est aussi tout ce qui existe, rien que ça…Il en tire des principes éthiques et esthétiques rigoureusement équivalents, d’incertitude, de réalité suffisante, de cruauté, qui confinent, dans leur obsession à concilier savoir et existence, à la sagesse ou à la folie. Principes de sagesse en ce qu’ils renoncent à l’illusion, à l’existence par défaut, au moindre-réel de la doublure, « en attendant la mort ». Principes de folie en ce qu’ils renoncent du même coup, pour l’exercice de la vie, aux accommodements avec le réel (et avec le double) que lui offre l’exercice même de la pensée.

 

 

 

L’enfance de l’art.

 

Quant au pourquoi de sa philosophie, Rosset n’en fait pas mystère. Il suit l’intuition d’un enfant de six ans (lui-même) éprouvant, en écoutant le Boléro de Ravel, le sentiment que tout était déjà dit là. Tout, à la fois expliqué et sans explication.

 

 

 

Une intuition peut en cacher une autre.

 

Mais ce n’est pas le sens du réel que Rosset entend établir, mais au contraire son insignifiance, son idiotie[15], et il va s’y employer trente ans durant, alors que, d’après ses propres dires, tout est déjà dit dès la première phrase de l’avant-propos du réel et son double :

 

"Rien de plus fragile que la faculté humaine d’admettre la réalité, d’accepter sans réserves l’impérieuse prérogative du réel."

 

Et en substance, son ontologie du réel considéré non plus suivant son unité ou son être mais selon sa singularité, comme l’ensemble des déconvenues et désillusions que nous vaut cette étrange faculté humaine anti-perceptive, (qui perçoit juste et conclut faux), étaient intégralement contenus dans le dernier paragraphe d’une de ses études consacrées à Arthur Schopenhauer, une dizaine d’années avant ses premières incursions dans le champ du réel :

 

"Le monde est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. (Shakespeare) Si le théâtre reflète la vie des hommes, ceux-ci constituent à leur tour un autre théâtre également fictif, et bien davantage même, car il ne reflète plus rien. L’homme est un personnage sans acteur pour le supporter, au sein d’un envers dont il n’est nul endroit. Les actes qu’il joue attendent en vain un niveau quelconque de « réalité » à partir duquel les interpréter." [16]

 

 

 

Objection réflexe.

 

L’illusion, voire le mensonge pur et simple, règle si clairement les affaires humaines, qu’on trouve ici et maintenant maintes illustrations à l’exorcisme du réel, - thème principal des études, pièces et essais de Clément Rosset -, auquel l’homme se livre, avec beaucoup de grotesque, mais aussi ingéniosité, et parfois avec génie, pour supporter son existence, s’en protéger et même lui échapper. Mais ces illustrations contredisent la théorie de Rosset autant de fois, avec autant de force et d’insistance qu’elles ne la confirment. Car toute tautologie du type le réel est le réel, modèle de vérité à laquelle peuvent être ramenées toutes ses considérations sur le réel, contient à la fois le principe d’identité et le principe de non-contraction. Que le réel ne soit que réel implique que le réel ne peut à la fois être réel et être autre. La première conséquence éthique, incluse dans ce principe de réalité suffisante, c’est que le réel est inhumain, non seulement cruel (réel, et rien que réel) mais également non-humain, malgré tous nos subterfuges pour le réduire à notre monde, pour le dupliquer. Mais cette même ontologie entraîne que l’humain, s’il est réel (et il ne sera jamais que réel, voilà bien son problème) ne peut pas à la fois l’être et ne pas l’être. C’est pourtant bien ce que ces illustrations nous montrent, et je dirais même nous démontrent : que l’humain est à la fois réel et double, existant et inexistant, mort-vivant, plus ou moins mort, plus ou moins vivant. On pourrait en dire autant de toute chose au monde, et le social, aussi bien que la nature, atteste sans relâche de la débâcle de la pensée devant les choses : le principe de non-contradiction s’effondre dans l’exercice de la vie[17].

 S’impose donc à nous une objection réflexe, autant que logique, comme un retour immédiat à l’envoyeur, je veux dire au discours philosophique d’inspiration tautologique qui ne semble pas moins intenable qu’inexpugnable.

 La contradiction entre « exercice de la vie » et « connaissance de la vie », - et voilà le point réflexe -, nous contraint à nous oublier pour savoir, autant qu’elle nous oblige à nous mentir pour vivre, et l’état de grâce invoqué par Rosset ne semble pas moins surpasser nos capacités comme nos forces que l’existence elle-même, prise en elle-même.

 

 

 

L’euphémisme du principe.

 

L’incertitude, dont Clément Rosset fait son second principe éthique, corollaire du principe de réalité suffisante, est un euphémisme fort sarcastique qui ne signifie rien d’autre que le réel, à proprement parler, est impensable. On doit bien dire du réel, non seulement qu’il suffit à l’existence en son principe (il y suffit d’autant mieux qu’il désigne tout ce qui existe et rien que ça), mais bien qu’il embaume la déréalisation. Un logicien conséquent, qui entreprendrait de tirer une vérité positive, une vérité certaine, de ce réel à jamais douteux, insaisissable, devrait en conclure que tout homme comme toute chose, au jour de sa disparition, n’aura jamais existé, ou encore qu’au jour de sa naissance il aura cessé d’exister, ou des paradoxes de ce genre qui mettent le goût du paradoxe à très rude épreuve et sapent à ras nos fondements rationnels.

 

 

 

Sans dieu ni être (paraphrase)[18]

 

Si Rosset rejette dieu et être de son ontologie, c’est essentiellement qu’ils brigueraient une place déjà occupée, toujours, depuis toujours, pour toujours, ici-bas et pas plus tard que maintenant : par le réel.

 

 

 

La magie noire du réel.

 

Le tragique, pris en considération philosophique, laisse entrevoir une voie, une sortie, qui se dérobent de fait. Voilà pourquoi il est un remède pire que la maladie, pour qui mise sur cette voie, sur cette sortie, et un remède pour ainsi dire inutile pour qui considère, tel Rimbaud, « qu’on ne part pas », et tel Rosset, ou Beckett, que la véritable sagesse consiste à renoncer au mouvement, à l’évasion, à l’échappatoire, vis-à-vis de l’existence, s’entend, prise en elle-même[19].

 

"De même que la philosophie crédible n’est entendue que par ceux qui la savaient un peu à l’avance et n’en ont ainsi pas vraiment besoin, la médecine ne peut et ne pourra jamais guérir que des bien-portants."[20]

 

Fortifiant inutile en ce qu’il a déjà donné, une fois pour toutes, ce qu’il contenait. Si je peux me permettre un abracadabraccourcix un brin impertinent, je trouve que Clément Rosset se comporte parfois avec le réel comme Obélix, dans la BD de Goscinny et Uderzo, convoite la potion magique que les gaulois s’envoient avant chaque bataille décisive : bien qu’il soit tombé dedans petit et en ait ingurgité tant qu’il n’en ait plus besoin, il tente toujours de s’intercaler dans la file des candidats à la potion censée décupler leurs forces de manière parfaitement surnaturelle. Bien sûr, ici, potion magique et existence sont une même et seule chose, et le druide possédant la formule de cette potion n’est autre que le philosophe lui-même. Auteur et acteur sont un seul. Mais selon toute apparence, Clément Rosset n’aurait plus vraiment besoin de réel, ou du moins ses propres considérations semblent souvent l’écarter de la distribution sous le prétexte fort injuste qu’il y est « tombé dedans petit ». On peut une nouvelle fois paraphraser, sans scrupule particulier, non plus Rosset à propos de Nietzsche, mais Nietzsche lui-même à propos de la foi[21], et noter, au point où nous en sommes, que le besoin de réel n’est pas la preuve du réel, mais bien son contraire : quand on y a goûté une fois, on peut se payer le luxe de s’en passer.

 

 

 

Objection réaliste.

 

Il y a aussi un exorcisme du double, de l’illusion d’un vrai Moi, d’une image de l’être, qui ne semble pas moins vain et « maigre sous le rapport intellectuel» que ne le serait la poursuite de ce double dans la rue dans l’intention de se rattraper, d’avoir une discussion entre quatre yeux avec soi-même, d’enfin faire sa connaissance, d’enfin se connaître soi-même :

 

"Qui souvent s’examine n’avance en rien dans la connaissance de lui-même. Et moins on se connaît, mieux on se porte."[22]

 

Vain exorcisme du double, de même, parce que le réel, précisément, est non seulement insaisissable, mais aussi parce qu’on n’a d’autre mode d’appréhension que la représentation pour en saisir le côté insaisissable. Il y a encore là matière à réaffirmer le bien-fondé de l’objection tautologique à une ontologie du réel telle que Clément Rosset la pratique, et l’existence ne s’en révèle que plus clairement inhumaine. Mais cet exorcisme du double n’en constitue pas moins une limite à la philosophie pratique de Clément Rosset, si on entend par là non pas ce qu’on doit faire dans l’existence, mais bien ce qu’il convient de faire de l’inconvénient d’exister.

 Si l’humain ne sera jamais que réel et n’en reviendra jamais, l’éthique concerne bien l’existence humaine, et il entre même dans le principe de réalité suffisante de cette éthique de la cruauté que l’homme ne saurait précisément mener une autre existence. Pourtant, Clément Rosset ne semble consentir à aucun accommodement avec le double, et on doit à peu près dire de sa philosophie pratique ou de sa pratique de la philosophie ce qu’il dit de la musique :

 

"Le monde de la musique côtoie certes le monde des humains ; mais il ne s’y mêle jamais."[23]

 

Et noter que sa philosophie du réel côtoie très souvent la réalité humaine, mais ne s’y mêle que rarement.

 

 

 

 2.  L'ART DU DIALOGUE (avec soi-même) 

 

 

 

Le démon de l’identité.

 

Quiconque aura à choisir des extraits des écrits de Clément Rosset, si brefs soient-ils, pour illustrer ce que sa philosophie lui inspire, se trouvera embarrassé par le choix, entre des phrases qui se suffisent en elles-même, contiennent en peu de mots ce qu’elles donnent à penser (ne peut-on pas définir ainsi des aphorismes ?), et paraissent d’ailleurs souvent équivalentes sur le plan du discours tenu. ("Le réel est unique et sans double") Et on prendra conscience que non seulement Clément Rosset use de l’aphorisme, mais bien qu’il en abuse, et que cette addiction ne date pas d’hier, à charge la conclusion, déjà citée, de son étude sur l’absurde chez Schopenhauer. Chez lui, le démon de l’identité se présente parfois en personne.

 

 

 

Dialogues avec soi-même.

 

On pourrait m’objecter que les aphorismes que nous apercevons encore derrière nous, comme des empreintes sur du sable, ne sont des aphorismes que parce qu’ils sont « extraits » de leurs écrits, que ce sont de faux aphorismes. Ce sont pourtant au contraire de vrais aphorismes dans le sens où il ne sont pas recueillis et rassemblés après coup par leur auteur (comme les recueils de Karl Kraus, par exemple, ou les maximes et réflexions de Goethe), mais au contraire sur le coup, en ceci assez semblables aux répliques dont sont truffés les dialogues du roman d’Oscar Wilde, le portrait de Dorian Gray, dont voici quelques échantillons, choisis pour leur caractère idiot et pour les échos qu’ils me semblent offrir aux cogitations de Clément Rosset : Le chemin des paradoxes est le chemin du vrai. Pour éprouver la Réalité, il faut la voir sur la corde raide. On ne juge bien des Vérités que lorsqu’elles se font acrobates. (M.Erskine) / L’humanité se prend trop au sérieux. C’est le péché originel de notre monde. Si l’homme des cavernes avait su rire, le cours de l’histoire eût été changé. (Lord Henry[24]) Etc… Pas davantage que ces répliques dialoguées ne pourraient se passer du roman du Wilde (pour leur écriture), les considérations philosophiques de Rosset ne sauraient faire l’économie de ces raccourcis (les aphorismes), qui n’ont d’ailleurs parfois pas un rôle très différent de celui des répliques dialoguées dans le roman de Wilde, à ceci près que Rosset dialogue avec lui-même. Comme tout romancier le fait, du reste.

 

 

 

Le collage philosophique, art de la réplique.

 

Si on met entre parenthèses ce fait notable que Clément Rosset cite toujours ses sources, - et les situe, autant que possible - le collage de citations, d’emprunts, de mots et de phrases auquel il s’adonne dans ses écrits, dont ses considérations philosophiques ne sont, nous assure-t-il, que de simples commentaires, me rappelle beaucoup le tour assez farce mais sans doute fort éprouvant que Blaise Cendrars a joué à son ami Gustave Lerouge, en composant son poème Documentaires (Kodak), avec des mots et des bouts de phrases du roman le Mystérieux Docteur Cornélius : « …j’eus la cruauté d’apporter à Lerouge un volume de poèmes et de lui faire constater de visu, en le lui faisant lire, une vingtaine de poèmes originaux que j’avais taillés à coups de ciseaux dans l’un de ses ouvrages en prose et que j’avais publiés sous mon nom ! C’était du culot. Mais j’avais dû avoir recours à ce subterfuge qui touchait à l’indélicatesse – et au risque de perdre son amitié - pour lui faire admettre, malgré et contre tout ce qu’il pouvait avancer en s’en défendant, que lui aussi était poète, sinon cet entêté n’en eût jamais convenu. »[25]

 Un exercice d’admiration, comme aurait dit E.M. Cioran, mais par les ciseaux, une sorte de cut-up avant la lettre beatnik (à la William Burroughs), un subterfuge aussitôt révélé qui fait d’une œuvre deux œuvres distinctes, différentes en tout, dans la forme comme dans le fond, sans qu’on puisse rien trouver dans la réplique qui ne soit déjà présent dans l’original.

 De même que Cendrars a tiré de la fiction de son ami tout le suc poétique qu’il était capable d’y mettre, Rosset se comporte souvent comme s’il ne trouvait lui-même d’autre subterfuge que la philosophie pour faire admettre à ses auteurs de prédilection qu’eux aussi, et quoi qu’ils en disent ou en aient dit, sont bien des sages. (Beckett, Novarina, Stravinsky, Ravel…)

 Pour exemple ce mot de Mallarmé, tiré de ses Coups de dés : rien n’aura eu lieu, qui trouve rapidement de multiples échos sous la plume de Rosset, lorsqu’il s’agit pour lui de montrer que la mort, ou la pensée de la mort, a le pouvoir, non pas seulement d’achever une existence mais de l’annuler purement et simplement, de faire que ce qui cesse d’être n’aura, d’une certaine manière et d’une manière certaine, jamais été ; et donc le pouvoir de nier jusque l’existence de ce qui existe, et de tout ce qui existe (ce qui fait peut-être que pour l’homme le réel, à défaut d’assumer ce tragique-là, est encore un réel à venir) :

 

Le monde ne souffre pas de devoir finir, il souffre de ne pas avoir commencé : de ne pas avoir encore « eu lieu ».[26]

 

On pourrait trouver maints exemples, et je crois dans tous ses ouvrages, de cet art déroutant qui consiste à offrir à ses citations et à ses emprunts de multiples répliques jusque toucher au plus proche de son sujet (le réel, l’identité non-identifiable parce qu’incomparable, singulière), je dirais presque avec le plus d’approximation. Cet art de la réplique, à la fois au sens sismique (la réplique d’une secousse initiale), à celui du dialoguiste (de la réplique marquant un dialogue) et enfin au sens critique (de la réplique que l’on oppose à une thèse critiquée), Rosset me semble le pratiquer pour lui-même[27] aussi bien que pour les autres penseurs.

Et à l’inverse de Blaise Cendrars, composant un recueil de poésie avec des bouts de phrases du roman de Gustave Lerouge, Clément Rosset, à partir de quelques répliques du roman de Malcolm Lowry, au-dessous du volcan, et de la figure du Consul, éthylique ultra-lucide, réalise un « petit traité » de philosophie , le traité de l’idiotie, et même trois, car par bien des côtés on peut considérer le principe de cruauté et principes de sagesse et de folie comme deux répliques de ce traité inaugural, lui-même annoncé par son essai sur l’illusion, le réel et son double.

 

 

 

Abrégé.

 

Une des caractéristiques par laquelle Jacques Bouveresse, distingue les auteurs d’aphorismes des autres penseurs, tels Lichtenberg, Wittgenstein ou Kraus, est « le refus de considérer le langage comme un simple moyen d’expression pour une pensée qui est supposée lui pré-exister. »[28] Clément Rosset a consacré entièrement son épître Le choix des mots à cette question, et sarcastiquement réaffirmé que la pensée ne saurait préexister à l’écriture mais y équivaut strictement (penser et écrire sont une seule et même chose, et tenir l’écriture pour « un supplément de pensée », c’est encore là prendre une seule et même chose pour deux choses distinctes, c’est encore l’indice d’une partition chimérique dans l’ordre du réel, sagement édifiée, philosophiquement fondée).

 

Or à y regarder de plus près, ce refus d’une pensée pré-existante, contient tous les autres traits communs que Jacques Bouveresse relevait dans l’utilisation philosophique que ses auteurs préférés faisaient de l’aphorisme, traits caractéristiques qui offrent de la figure philosophique de Rosset une caricature assez saisissante :

 

1) Attribuer une valeur philosophique au spontané, à l’occasionnel, au fortuit, voire à l’anecdotique, avec « la conviction que le langage, en quelque sorte abandonné à lui-même, est le meilleur pourvoyeur d’occasions favorables et de hasards féconds.[29] » Rosset défend l’idée que le hasard suffit à lui seul à rendre compte du réel, qu’il définit comme à la fois nécessaire et quelconque. Être réel, c’est n’être que ça :

 

"La condition d’existence de toute chose étant d’être, en tant qu’elle existe, déterminée, il s’ensuit qu’il n’est rien de quelconque qui ne soit déterminé, ni rien de déterminé qui ne soit, pour la même raison, quelconque."[30]

 

Et ses illustrations vont au tout venant[31]. Elles sont, alors qu’elles reviennent pratiquement toutes au même, frappée d’imprévisible, et semblent tenir grand cas de l’aléatoire.

 

2) « La recherche d’une clarté locale et non d’une vérité globale »[32] En vérité, Rosset s’intéresse peu à la vérité, sinon comme synonyme de réalité, et en ce qu’elle permet essentiellement de se débarrasser des inepties, des idéologies, comme de toute explication du fait d’exister ou autre preuve ontologique :

 

"Si l’aptitude principale de la philosophie consiste plutôt à dénoncer des erreurs qu’à énoncer des vérités, il s’ensuit ce fait, d’allure paradoxale mais pourtant vrai, que la fonction majeure de la philosophie est moins d’apprendre que de désapprendre à penser. "[33]

 

3) Un certain goût de l’impertinence, notamment en procédant « à des renversements très suggestifs » nous amenant très souvent « à considérer la solution reçue comme étant le problème et le présupposé comme constituant la question[34] » L’objet singulier, par exemple, est truffé de ce types de renversements, et en règle générale, un des indices de la duplication fantasmatique du réel est précisément de prendre l’effet pour la cause et inversement, ou le symptôme pour la maladie etc… Rosset faisant généralement écho là à Spinoza, Nietzsche ou Schopenhauer. Morale, utopies et idéologies ou romantisme offrent ainsi généreusement le flanc à son sarcasme:

 

"Celui qui travaille à l’amélioration de la condition humaine a généralement cessé depuis longtemps de vouloir du bien à quiconque."[35]

 

 "Car le réel est en ceci assez semblable aux mauvais écrivains : il a finalement peu à dire, mais donne volontiers à lire."[36]

 

Ajoutons à ces grands traits un goût immodéré pour l’évidence et le paradoxe, dont Rosset fait souvent les indicateurs du réel comme de notre incapacité à lui donner raison, et nous ne serons peut-être pas très loin de l’idée qu’il se fait de la philosophie et en même temps de sa pratique, les deux se ramenant à une seul et même acte :

 

"Il ne faut pas compter sur le philosophe pour trouver des raisons de vivre."[37]

 

 

"Sur les questions dernières, qu’une tradition lui a programmées un peu à la légère, la meilleure des philosophies consiste en un abrégé, se limitant à l’acte bref par lequel elle vient à reconnaître son incompétence." (38]

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Philosophes à vendre (p38-39) J.J Pauvert éditeur. 1965 coll. Libertés # 34. Ouvrage préfacé et annoté par Clément Rosset. (Traduction Talbot.)

 

[2] Lucien vécut approximativement entre les années 125 et 195 de notre ère. Il écrivit le plus gros de ses farces pamphlétaires et autres pastiches de dialogues platoniciens durant le règne de l’empereur Marc-Aurèle.

 

[3] Lucien. Philosophes à vendre Pauvert 1965. (p38-39)

 

[4] Voir Le réel et son double. Essai sur l’illusion. Gallimard 1976. Réédition revue et augmentée, folio essais 1984.

 

[5] Sur ce «double » mécanisme de l’illusion, consistant à tenir pour une distinction réelle une distinction pensée ( ex : je pense et je suis ) et opérant une partition chimérique dans l’ordre du réel (ex : penser et être, penser et écrire etc…) se reporter aux pages 33 et suivantes de Le choix des mots. (Ed. de Minuit 1995), où Rosset précise l’emprunt qu’il fait à Descartes de ses notions de distinction réelle et de distinction formelle – pensée, (Principes de Philosophie I, 62), pour analyser l’illusion, tel qu’il le fait depuis le réel et son double jusque maintenant. (Il voit d’ailleurs dans ce distinguo critique, ou si l’on veut, cette désillusion métaphysique, « l’armature secrète » des Méditations de Descartes)

 

[6] Clément Rosset. Le régime des passions. 2001, Ed de Minuit, p 73. (Toutes les citations, présentées ici comme des aphorismes, seront évidemment de Clément Rosset. Je me contenterai donc d’en indiquer la source et de les y situer.)

 

[7] L’Objet singulier. 1979, Ed. de Minuit, p 13.

 

[8] Le réel et son double réédition Gallimard 1984, folio essais, p 49.

 

[9] Jupiter tragique est la seconde farce dialoguée recueillie dans Philosophe à vendre. Ed. J.J Pauvert. 1965. Jupiter y réunit les dieux pour mettre au point une stratégie destinée à venir au secours du stoïcien Timoclès, qui se fait étriller en place publique par l’épicurien Damis sur la question de la Providence, ce dernier mettant ni plus ni moins en cause la croyance humaine dans les dieux.

 

[10] Le réel, traité de l’idiotie. Ed. de Minuit. 1977. p 40.

 

[11] Le réel et son double, réédition 1984, Folio essais, p 124.

 

[12] Ibid p 83. Ici, Rosset évoque « l’état de grâce » invoqué par Gérard de Nerval, dans ses Chimères, le « déclenchement » d’un présent plein, d’un retour éternel, où convergeraient tous les présents, passés comme futurs. Cet état de grâce annonce je crois assez précisément la joie, la force majeure, pour ainsi dire surhumaine, qui seule permet, selon Rosset, de « parvenir enfin à un accord entre la faculté de connaître et la faculté de vivre ».

 

[13] Cette traduction inédite, de Clément Rosset lui-même, pour son usage personnel, ouvre l’essai Principes de sagesse et de folie.

 

[14] C’est dans L’Objet singulier que Clément Rosset explique en quoi son ontologie du réel peut être considérée comme une « théologie négative ». Voir notamment le retour sur la question du double qui introduit l’ouvrage.

 

[15] "Idiotès, idiot signifie simple, particulier, unique, " "Incapable d'apparaître autrement que là où elles sont et telles qu'elles sont : incapables, donc, et en premier lieu, de se refléter, d'apparaître dans le double du miroir." Le Réel, traité de l'idiotie 1977. Je dirais, pour résumer ce passage : le réel est idiot, parce qu'il est dépourvu de toute raison d'être.

 

[16] Schopenhauer, philosophie de l’absurde. 1967 P.U.F réédition 2001 in Ecrits sur Schopenhauer, p143. Je souligne dans ce passage : “idiot”, “ne signifie rien” et “ne reflète plus rien ». Puisque Rosset caractérise le réel par l’idiotie, (sans reflet, selon l’étymologie première du mot idiot), c’est à dire aussi par son insignifiance (faute d’instance extérieure susceptible de lui donner sens).

 

[17] Ambiguïté propre, selon Rosset lui-même, « à toute espèce de réalité ». La cruauté du réel, c’est aussi l’effondrement, à son contact, des assises les plus sûres de notre pensée, comme ici le principe de non-contradiction. La pensée tragique, et la formulation tautologique que Clément Rosset en offre, échappe d’autant moins à cette réalité, qu’elle la pose à son principe. Sur cette question, voir notamment Le principe de cruauté, 1. Principe de réalité suffisante et plus spécialement pages 25 et suivantes, où Clément Rosset reprend un passage du Zilbadone, de Giaccomo Leopardi, épinglant cette débâcle rationnelle devant le réel.

 

[18] Je fais allusion à la thèse défendue par Rosset dans La Force Majeure (Ed. Minuit 1983), selon laquelle la musique innerve la philosophie de Nietzsche au point d’y tenir le rôle théologique, métaphysique ou physique que les penseurs attribuent habituellement à Dieu, à l’être etc… Chez Nietzsche, selon Rosset, là où religion et métaphysique seraient appelées à faire office de principe et de fondement, la musique règne d’ores et déjà.

 

[19] Sur ces questions, Abrégé de philosophie, 2. Le monde clos. In Le régime des passions VI.

 

[20] Le principe de cruauté. p 32.

 

[21] Voici la citation de Nietzsche dont je me sers à mon tour, extraite du Crépuscule des idoles, exergue du principe d’incertitude, deuxième volet du principe de cruauté : « Le besoin d’une foi puissante n’est pas la preuve d’une foi puissante, c’est plutôt le contraire. Quand on l’a, on peut se payer le luxe du scepticisme. »

 

[22] Loin de moi Ed. de Minuit.1999p 86

 

[23] Principes de sagesse et de folie. p 52

 

[24] Oscar Wilde (trad. E. Jaloux et F. Frapereau) Le Portrait de Dorian Gray. Livre de poche 569, p. 56 et pp. 55-56

 

[25] Blaise Cendrars. (A propos de Documentaires, in Du monde entier, poésie/Gallimard p. 134.)

 

[26] Traité de l’idiotie p71

 

[27] A partir de Le choix des mots. 1995, C. Rosset répond aussi à des objections philosophiques qu’il s’adresse à lui-même, et présente donc encore des répliques, des répliques à des répliques… Le démon de la tautologie. Minuit 1999.

 

[28] Séminaire pluridisciplinaire tenu durant l’été 1981 à la faculté des lettres de l’Université de Genève, portant sur la question du Fragment. L’intervention de Jacques Bouveresse portait sur « l’aphorisme comme moyen d’expression philosophique ». Archive dénichée par Goulven Le Brech.

 

[29] Ibid p 16 de l’archive.

 

[30] Le réel, traité de l’idiotie. p 12

 

[31] Les récits mythologiques de Rosset (Œdipe roi, dans le réel et son double, entre autres ; le mythe de Protagoras dans l’Abrégé, etc…), cinématographiques (Hitchcock, Tati entre beaucoup d’autres), littéraires, musicaux, bdistes (Hergé) ou même totalement anecdotiques, procèdent aussi de ce type de réplication, au sens où le poème de Cendrars réplique le roman de Lerouge. Le récit jouant en gros le même rôle de « révélateur » ou « fixateur » de réel que le commentaire philosophique. Ce ne sont, ni plus ni moins, que des contes philosophiques. Et à quelques exceptions près (Lowry, Beckett, Novarina), le démon de l’identité ne travaille jamais tant ses récits que lorsque les histoires, légendes ou mythes revisités alimentent avec force la hantise du double, notamment par le biais de l’interprétation dominante (en philosophie) et de son ancrage culturel (le mythe).

 

[32] Séminaire sur la question du fragment. p 16 de l’archive.

 

[33] Le principe de cruauté, p41.

 

[34] Séminaire sur le Fragment. p 16.

 

[35] Le réel, traité de l’idiotie, p 65.

 

[36] Le réel, traité de l’idiotie, p 23-24

 

[37] Dernière phrase de Schopenhauer, philosophe de l’absurde.

 

[38] Le réel, traité de l’idiotie, p 73.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          

                Stéphane Prat

   écrivain de variété

 

 

manchot-epaulard@laposte.net