Ce qu'on tient pour du plagiat, en littérature, se nomme le plus souvent hommage en langage pictural. Les peintres se sont depuis toujours copiés avec admiration, malice et personnalité. Les écrivains, eux, se spolient avec envie et enragent de découvrir trace de soi chez un autre. L'écrivain se jalouse lui-même, souvent : cadeau pour les psychanalystes du langage.

 

 

 

Essayez donc d'écrire un texte personnel avec les phrases, les locutions, les mots d'un livre que vous venez de lire. Sans devoir poursuivre le collage jusque son terme, vous serez rapidement fixé sur l'acuité et la cruauté de votre coup de ciseau, sur la qualité de la nécessité qui vous englue à l'écriture.

 

 

 

L'obsession de l'usurpation d'identité ne date évidemment pas d'hier et semble même vouloir survivre à la littérature. Tout contrat d'édition, aujourd'hui, si frauduleux soit-il, tient ce délit pour un crime.

 

Dans les hommages nécrologiques adressés à Jim Harrison, au printemps 2016, il était bien rare d'entendre évoquer son roman un bon jour pour mourir sans qu'un soupçon de plagiat ne ternît le panégyrique. Jim Harrison aurait pillé là le génial Gang de la clef à molette de Edward Abbey, l'amoureux du désert. Les histoires de ces deux livres, et même les personnages, se répondent il est vrai très strictement et sont tout aussi enthousiasmants. Le fait est pourtant, si je ne souffre pas de berlue nostalgique, que le livre de Jim Harrison date de 1973, tandis que celui d'Edward Abbey date de 1975... Jack London, lui-même soupçonné de plagiat pour Avant Adam, roman préhistorique de 1907, avait très simplement réglé son compte à la trouille qui prend les écrivains les moins imitables : " La véritable question n’est pas : L’a-t-il fait de la même façon que moi ? mais L’a-t-il fait mieux que moi ? Et s’il a fait mieux, eh bien tirons-lui notre chapeau.» C'est exactement ma position : plagions-nous les uns les autres... Un véritable hommage à Jim Harrison, qui à mon avis a écrit bien plus profond que Un bon jour pour mourir, consisterait donc à tirer notre chapeau à Edward Abbey.

 

          

                Stéphane Prat

     écrivain de variété

 

 

manchot-epaulard@laposte.net

 

 

LIVRES

Ed du Petit Pavé
Jack London Biographie, essai Editions du Petit Pavé
Les Motel. Roman. Editions Germes de Barbarie
Les Motel. Roman. Editions Germes de Barbarie
Au  fruit défendu. Roman.                   édition du Verre à pied
Au fruit défendu. Roman. édition du Verre à pied
Le sans pareil. Roman   éditions du Petit Pavé
Le sans pareil. Roman éditions du Petit Pavé
             Aqui Nada. Poèmes. éd. Le Zaporogue.
Aqui Nada. Poèmes. éd. Le Zaporogue.